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Personnage non-joueur
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MessageSujet: « Entrailles de mon corps »   Mer 6 Aoû - 18:46

Dans le creux des dunes immenses pareilles à des vagues immobiles, une ombre plus petite, imperceptible au sommet des monts sableux, marchait avec lenteur, se dirigeant vers le village où, si son visage n'avait été pas le plus vénéré de tous, les gardes l'auraient attaqué à vue tant il était effrayant d’apercevoir un homme seul, drapé dans plusieurs étoffes, autour d'un village ninja. Et, tandis qu'il approchait de sa patrie lointaine, voyant depuis le sommet qu'il occupait la lueur d'une bougie perdue dans l'horizon, une double émotion sembla l'étreindre, lui arrachant un sourire et un râle. Tantôt, il semblait heureux et rassuré de n'être plus qu'à quelques kilomètres de sa demeure ; tantôt, tout dans son apparence jusqu'aux traits de son visage indiquait qu'il était physiquement diminué ; une image d'autant plus navrante que nul habitant du pays n'avait jamais vu le Sandaime Kazekage dans un tel état. Oui, au milieu du désert, pour des raisons inconnues, le plus puissant seigneur des Vents ayant régné sur Suna marchait, presque rampant, avec une allure de bossu ; si bien que sa respiration difficile troublait le silence nuptial, attirant le prédateur qui, sans qu'il ne pût le deviner, le regardait de loin.

À vrai dire, le Sandaime s'abandonnait d'autant plus facilement aux volontés de son corps qu'il était seul. Pas un garde, pas un académicien lui remplissant les oreilles de mots glorieux ou de la question permanente « Devenez mon sensei ! » n'était autour de lui. Il était devenu habituel pour les services secrets de Suna qu'ils tolérassent ainsi la disparition hebdomadaire voire quotidienne de leur maître. Lui-même leur avait interdit de le suivre. La raison ? Danger de mort. Pourquoi partait-il loin dans le désert, s'éloignant au mieux des routes qu'empruntaient les nomades et des oasis prisés par les voyageurs ? Pour améliorer ses techniques. L'hérédité que lui avait donnée la Nature n'était pas la seule raison de sa puissance – il l'avait mué en une affinité supérieure, mêlant la maîtrise du Jiton à la maîtrise du Sabaku ; bref, alliant deux éléments supérieurs, le Sable de Shukaku et le Magnétisme de sa famille ; une premier historique que pas un, depuis, n'égalât – pas même Meï Terumi, réputée pour sa virtuosité dans le Yôton et le Fûton – mais que, à la différence du Sandaime, elle ne parvînt jamais à réunir. Tout le prestige du Kazekage se trouvait dans sa Limaille, laquelle était d'autant plus mystérieuse que pas un homme qui la vit put témoigner. Tous étaient morts. Et les gardes ou les habitants curieux de voir un jour la raison de leur grandeur n'assistèrent jamais à une démonstration publique – car même maître de son élément, le Sandaime était incapable de garantir la sécurité de ses sujets avec l'arme qui les rendit intouchables durant son règne. Triste paradoxe.

Voilà pourquoi il était là, perdu au milieu de deux immensités – l'une appelée la nuit, l'autre sous ses pieds. Dès que ses études théoriques l'amenaient à découvrir une propriété nouvelle dans la Limaille, il ordonnait à ses médecins d'approfondir l'étude de ses gênes, prenait dans son sac des pilules et des plantes susceptibles de l'aider à retrouver son énergie puis, partant dans la nuit, s'éloignait au maximum du village avant d'exécuter ses jutsus – le village n'ayant pas assez de place pour un tel entraînement.

En marchant, il récupéra son souffle puis se remit de la faiblesse que lui avait inspiré son dernier entraînement. Un marcheur perdu dans la tempête ou ayant suivi sa trace aurait vu, depuis les hauteurs des dunes voisines, une immensité recouverte de poudre noire et étincelante, pareille à des nébuleuses d'argent. Le spectacle, si beau sous le jour, était invisible dans la nuit et valut à son artiste de manquer de s'évanouir. De fait, aucune guerre n'arrachait au Sandaime des efforts pénibles ou le poussait au bord de l'autre monde. Tout le plaisir militaire et ambitieux du ninja, il l'épuisait lors de ses séances secrètes et nuptiales, améliorant ses réflexes, parvenant à maîtriser semaine après semaine de plus grandes quantités de poudre métallique, élevant plusieurs paquets de limaille avant de les sculpter, puis de la projeter sur des cibles imaginaires. Tout son plaisir résidait là.

Aussi, il parvint à la deuxième dune, n'en ayant plus qu'une dizaine avant d'atteindre Suna où le sommeil éteignit les dernières lumières ; ne laissant plus rien pour localiser le village que sa muraille noire, morcelant l'horizon comme de la dentelle sombre. Ses sens lui revinrent ; l'air froid du désert ne lui brûla plus les poumons ni la gorge ; il n'avait plus la sensation d'avaler de la lave plutôt que de la salive, et ses tempes, quoique toujours humides, cessèrent de lui secouer la tête, semblables à deux cœurs greffés dans son crâne.

Mais quand bien même il se sentit mieux, parvenant à régénérer la moitié de son chakra, une présence soudaine attira son attention avec d'autant plus de facilité que nul, sinon lui, ne faisait de bruit dans le désert. Pourtant, nommant tous les jours les effectifs des patrouilles de nuit et leurs routes, il ne se souvenait pas avoir donné à un Sunajin l'ordre de passer dans le secteur. Aussitôt, le Kazekage se releva de tout son long, arrêta de respirer avec l'abondance d'un rescapé de la noyade puis, méthodiquement, revint à la posture pleine de dignité qu'il avait toujours adopté en public. L'intrus se révéla. Tout dans sa silhouette et sa voix lui indiquèrent qu'il ne s'agissait pas d'un étranger. Pourtant, le jeune prodige de Suna qui lui apparut au loin, et dont le Sandaime doutait de la loyauté au point de l'avoir mis sous surveillance par l'élite de ses agents, confirma les pressentiments qu'il avait eu à son sujet. Même s'il savait que Sasori devait l'avoir aperçu depuis longtemps, il ne voulait pas lui montrer qu'il était faible. Un homme qui se présentait ainsi à son maître, ignorant les lois et ne dissimulant pas sa provocation, ne pouvait qu'avoir des intentions douteuses. Alors, la voix du Sandaime, quoique sèche, résonna jusqu'à son interlocuteur inattendu.
    « Depuis combien de temps m'espionnes-tu, Sasori ? »


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MessageSujet: Re: « Entrailles de mon corps »   Jeu 7 Aoû - 17:26

Je me trouvais au milieu du désert, en haut d’une dune - devant une gorge sableuse parmi tant d’autres. J’avais encore mon costume écœurant de Jonin : un gris verdâtre comme si l’on avait vomi sur les tissus d’origine recouvert d’un taupe vieilli – comme s’il était possible de rendre cette couleur plus laide qu’elle ne l’était déjà.

La lune balayait le sablon des terres éloignées de Suna, un léger duvet qui, porté par les caresses du vent, glissait comme un tissu de soie. J’étais immobile. Je regardais au loin, un point fixe – en somme une silhouette familièrement inhumaine – et je pensais. Oui, je l’imaginais faible comme un hétérocère, épuisé comme un paresseux et essoufflé comme un bœuf cancéreux. J’étais bien conscient de ce qu’il faisait dans les parages. Sa limaille de fer est bien trop dangereuse tant pour ses ennemis que ses alliés. Il est vrai que son don était particulièrement intéressant et j’admets que, depuis un certain temps, j’avais la nécessité d’obtenir le Kinton. Ne vous y trompez pas, ce n’était pas pour devenir le plus puissant des ninjas – quoique peut-être au fond – mais l’unique faiblesse de mes pantins résidait exclusivement dans ses propriétés. Le sable noir bloquait les frictions entre les membres et les encoches, attirait tout ce qui était métallique et pouvait devenir bien plus solide et résistant que l’acier. Il paraissait alors évident qu’il fallait que cet homme soit mort pour qu’aucune faiblesse visible ne soit beaucoup trop béante pour d’éventuels adversaires.

C’était la raison. Ce soir, le sable du désert serait tâché de sang, une souillure qui suivrait inlassablement mon sillage. J’avais ce regard, ce même regard que j’affichais lorsque les marionnettes « papa » et « maman » retombèrent pour la première fois sur le plancher de ma chambre. Ce même regard lorsque j’avais empoisonné Komushi et que sa mère me suppliait, genoux à terre, de lui restaurer son âme. Ce même regard qui troublait Chiyo, lui faisant regretter ses actes manqués. La nuit camouflait les reflets de sa limaille mais je savais ce qu’il faisait par ici. Tous les ninjas de Suna le savaient, ceci étant, aucun n’osait jamais défier l’autorité du Sandaime. Ce jour-là, je venais de terminer les dernières retouches sur Hiruko et j’avais, au cas où, Komushi qui pouvait servir au combat rapproché.

Je m'étais approché du Kazekage non sans discrétion – même si cela s’avérait inutile – et l’interrompit dans son entraînement. Qu’il était digne cet homme, même dans l’épreuve, il restait droit face à ses disciples. D’autant plus en ma présence car il savait que je prévoyais de mauvais projets pour Suna – depuis que Chiyo l’avait renseigné sur ses doutes. Alors, calmement, il m’interrogea sur les raisons de ma présence – présupposant mes intentions. Je sortis de ma cachette de fortune ; je m’avançai vers lui les mains dégagées, le corps neutre. Je ne comptais pas forcément répondre à sa question mais j’estimais qu’étant donné que je le tuerais, qu’il avait le droit à quelques réponses.
« - Un certain temps. »

J’imaginais le dévêtir, le mettre à nu et commencer l’opération. Arracher ses membres un à un, inciser le ventre pour le vider de tous ces organes inutiles, broyer sa mâchoire et enfin tout reconstruire à ma manière. Tout le monde avait peur de moi à Suna, je m’en rendais bien compte. Seulement, la peur est vaste : il y a ceux qui s’excusent lorsqu’ils m’effleurent ou passent à côté de moi. Il y a ceux dont le regard fuit le mien dès lors que je les remarque. Il y a ceux qui ouvrent la bouche, pestant contre ce qui leur est inconnu, et qui la ferme enfin quand mes yeux percent leurs secrets. Et il y a ceux qui restent dignes quoi qu’il advienne, qui ne montre pas même un soupçon d’effroi mais dont le comportement semble en dire suffisamment long. N’est-ce pas, Sandaime Kazekage ?

La nuit était dégagée, comme à l’accoutumée, aucun nuage ne cherchait à faire de l’ombre à la lune. On se voyait bien, l’un et l’autre, et l’on pouvait discerner les moindres détails à l’horizon. Je pensais, à ce moment-là, à déserter le village. Mais il me fallait un présent, quelque chose qui ne m’appartenait pas avant de m’enfuir, ensuite, avec ce que j’aurais dérobé. Notre silence était pesant, je le regardais tout simplement, lui me transperçait - le corps légèrement incliné et la tête relevée. Je saisis mon rouleau et lui déclarai finalement :
« - Je déteste faire attendre les autres.

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